NETTALI.COM - En ces temps de crises qui se succèdent, le gouvernement débordé de toutes parts, a cru bon de changer de stratégie pour aborder la question de sa communication sous un autre angle. Ce qu’il  a trouvé récemment comme formule, consiste à regrouper autour de Seydou Guèye, des ministres dans un moment de communication dénommé « Le Gouvernement face à la presse ». Objectif répondre aux questions d’actualité posées par les journalistes. Une séance d’explications d’ailleurs instaurée tous les quatorze jours.

Pour un premier rendez-vous qui a eu lieu le mardi 24 novembre, la presse écrite, présente sur les lieux, n’a pas manqué de relater l’évènement le lendemain. Et ce sont en des termes peu élogieux que l’exercice a été apprécié. Ainsi que le montrent les différents titres et commentaires des journaux. « Les Echos » par exemple a barré à sa une « La grande propagande gouvernementale », là où « Le Témoin » nous dit : « rien de 9 sous le soleil » ; « Source A » lui, s’est lancé dans la description : « bel accoutrement, discours vides », « Walf Quotidien » de son côté, a parlé de « ministres à la peine » ; Le journal « Le Quotidien » a fait dans le jeu de mots pour dire : « vague d’explications », dans un double sens de lexique hydrique en ces temps de naufrages dans un contexte d’émigration clandestine, mais aussi dans celui de qualifier la teneur des explications de « vagues » ; « Kritik » trouve que les ministres se sont livrés à « 3 Heures sans convaincre » ; Vox Populi a évoqué « 8 ministres pour un échec et mat » avant que « La tribune » ne se lance dans un classement des ministres suivant leurs prestations en termes d’examen de passage : « entre 1er tour, 2ème tour et ajournement de ministres ». Seul « Le Soleil a trouvé que « le gouvernement a éclairé et rassuré », alors que Enquête lui était plutôt sur un titre qui met le gouvernement dans une posture de médecin après la mort : « le gouvernement panse ses plaies ».

C’est un fait indiscutable que le gouvernement a un problème de compétences dans le domaine de la communication. Rien n'interdit à un ministre de communiquer, mais la forme dans laquelle ils veulent le faire, n'est ni opérant, ni efficace et encore moins opportune. C'est même un pied de nez aux députés devant ils doivent répondre à travers des questions orales.

Huit (8) ans ce n’est pas rien et le gouvernement est presque toujours l'artisan de ses propres crises, s’il ne contribue pas à les amplifier. Des problèmes en apparence simples, se transforment rapidement en crise, car ses défenseurs tombent bien trop facilement dans la polémique. Ses acteurs sont souvent sur une posture défensive et ne prennent jamais l’initiative de la communication.

Et pourtant, le gouvernement ne peut trouver meilleure formule pour s’adresser aux Sénégalais que celui de s’inscrire dans l’action véritable en tenant ses promesses et en écoutant les préoccupations des Sénégalais. Et la communication viendra faire le reste. En fait d’actions, Macky Sall avait promis une gouvernance sobre et vertueuse et un Programme Sénégal Emergent pour le développement économique et social du pays. La communication ne pourra jamais remplacer l’action. Et c’est ce à quoi Moustapha Diakhaté a invité le Président Sall à l’émission « Déclic » sur la TFM de la semaine dernière. Selon lui, même si son compagnonnage politique avec le chef de l’Etat est compromis (même si la relation de personnelle avec Macky Sall n’est pas terminée), le parti qu’ils ont créé ensemble, s’appelle « Alliance pour la République » et non « Alliance pour Macky. Macky Sall ». Plus que cela, il pense que « le chef de l’Etat doit cesser la politique politicienne ».

Un pays, d’après Diakhaté, ne « peut pas connaître l’émigration clandestine, la covid et des inondations de cette ampleur et continuer à appliquer la politique politicienne ». Pour celui qui se considère toujours comme membre de l’Apr, « la vie des Sénégalais est entre les mains du président, la vie de ceux qui viennent de naître aussi. Qu’il respecte ce qu’il avait promis sur le 1er et le second mandat et poursuive ce qu’il avait commencé. » Moustapha Diakhaté qui ne veut pas en rester là, compte créer un mouvement à l’intérieur du parti et va à ce titre faire des rencontres, afin d’amener tous ceux qui le souhaitent à aller dans le sens de rectifier les choses.

Souleymane Ndéné Ndiaye, ancien Premier ministre sous Me Wade et non moins PCA de Air Sénégal S.A, n’est pas loin d’être du même avis que Moustapaha Diakhaté quant à l’accomplissement de cette mission. Sauf qu’il décrète « l’échec complet » de la politique d’emploi du gouvernement. A l’émission « Toc Toc » de ce lundi 30 novembre sur I-TV, il n’a pas manqué de le faire savoir, estimant que les différents programmes du gouvernement sont incapables d’absorber la masse de jeunes désespérés, obligés de traverser le désert ou prendre la mer, en risquant leur vie pour avoir un travail ailleurs car ne pouvant pas réussir chez eux. Prenant le cas du Prodac (Programme des domaines agricoles communautaires), il pense qu’une antenne devait être installée dans chaque commune de manière à les doter de moyens et à octroyer aux responsables, les outils nécessaires parmi lesquels des forages, des tracteurs et des terres dans le but d’absorber les jeunes. Qu’est-ce que fait le siège du Prodac à Dakar ? Se demande celui-ci. Pour l’ancien ministre de la Fonction publique et de l’emploi, « lorsque vous faites le tour du Sénégal, vous vous rendrez compte que les terres non cultivées sont plus importantes. Les moyens pour le Prodac n’ont pas été mobilisés  et la politique d’emploi n’a pas été mise en place. C’est cela qui explique que ces jeunes empruntent la mer. » Non sans avoir une pensée pour ces jeunes qui ont péri en mer et leurs parents à qui il n’a pas manqué de présenter ses condoléances.

«Moutt mba Moott », la règle.

Quel drame humain et social, l’émigration clandestine ! Mais pendant ce temps, se joue une histoire de prébendes. Actualité oblige, la question du « moutt mba mott » (se taire ou  quitter le parti) qu’évoquait l’ancien président du groupe parlementaire BBY, la semaine dernière à l’émission « Déclic »  nous a rattrapés. Déthié Fall  a été viré de son poste de Vice-Président de Rewmi pour avoir osé évoquer la vision de Macky Sall qui, selon ses dires, ne dépasserait pas Diamniadio. Il a souhaité à l’hémicycle que celle-ci s’étende sur les quais de l’Anambé. Provocation, rébellion ou pas, Idy a réagi promptement. Il lui avait demandé de ne piper mot, mais le député rewmiste est passé outre. Idrissa Seck a toutefois essayé de prouver aux yeux du monde que c’est une histoire de frustration qui est à la base de cette sortie. Ce qu’a toutefois contesté Fall.

Un fait qui montre tout simplement qu’il n’y a point de démocratie dans nos partis politiques dont les lignes ne se réduisent au fond qu’aux décisions du patron. Ce n’est pas un hasard si personne par exemple n’ose plus aborder la question du 3ème mandat dans les rangs marron-beige. Beaucoup en ont fait les frais. Idy et Macky sont en réalité faits du même bois. Ils viennent du même moule du Pds où la personnalité de Me Wade a toujours plané sur le parti et ses membres. C’est même symptomatique d’une culture instaurée et qui survit aux fils.

Moustapha Diakhaté illustre d’ailleurs cette culture autoritaire, en répondant à une question de Pape Djibril Fall à savoir s’il allait ou non reprendre sa place à l’Apr. Réponse de Diakhaté, « si reprendre une place à l’Apr, était mon objectif, je ne l’aurais pas perdue. Car je sais comment les gens font pour ne pas la perdre. « mouth mba moott «  (se taire ou s’en aller) est la règle. » Diakhaté ne manquera d’ailleurs pas de rebondir sur une anecdote relative à Me Wade et le traitement qu’il infligeait à ses partisans et compagnons, citant une connaissance à qui il demandait de rejoindre Me Wade. Ce dernier lui aurait répondu qu’il craignait la manière dont il l’a vu se comporter avec ses compagnons. Ce même comportement, il l’a semble-t-il perçu chez Macky Sall vis-à-vis de ceux qui étaient de fidèles compagnons et de bons ministres. Aussi, Diakhaté, s’est ému du sort de ceux-là : « s’il peut virer Matar Cissé pour le remplacer par Oumar Sarr, sa conscience ne doit pas être tranquille. S’il peut limoger Aminata Touré de là où elle était, pour y installer Idrissa Seck, celle-ci doit désormais le craindre. » Il y a évidemment Amadou Ba, Ali Ngouille Ndiaye qui ont tous occupé des postes stratégiques de l’économie et des finances et encore de l’intérieur.

Des victimes de la recomposition de la famille libérale ? Souleymane Ndéné nous a fait comprendre qu’elle ne saurait avoir lieu sans Me Wade. On est loin de Massalikou Djinaan, mais le très intrigant Mahmoud Saleh, l’homme de la tour de contrôle du président nous a expliqué à « Grand Jury » que « Macky Sall est en contact permanent avec Abdoulaye Wade par des mécanismes qui leurs sont propres » avant d’ajouter : « Il y a un eu contact mais je ne peux pas indiquer la forme ». des allégations pas tout à fait claires.

La réaction d’Idrissa Seck a en tout cas eu la particularité de relever d’un manque notoire de tact. Sa volonté de donner des gages à Macky Sall, ne devait pas le pousser à destituer Fall de cette manière-là. Un peu trop prompt et brutal ! Il faut que les chefs de parti qui n’ont pas cette culture de la démocratie interne, retournent à l’école et comprennent que l’édification des partis qui ne sont en réalité que des associations privées, n’aurait pu être possible, s’il n’y avait pas une addition de militants ayant fait des sacrifices et des traversées du désert, tout en vivant de privations et de frustrations au quotidien. L’accession au pouvoir ne doit pas être une occasion de les martyriser ou de les brimer.

A la vérité, tout se fait sur le dos du peuple et des membres des partis politiques au seul profit des chefs de partis. Ceux-là n’ont d’autres droits que de subir le diktat imposé sans broncher.

La date des élections locales est par exemple repoussée. Et c’est un fait qui a semblé beaucoup indisposer Souleymane Ndéné qui a répondu à Mahmoud Saleh qui a annoncé que les élections locales se tiendront en 2021. « L’Etat doit assurer l’exécution de la règle de droit. L’Etat doit se conformer à la loi. Le calendrier électoral doit être respecté et les élections tenues à date indiquée », a fait remarquer celui-ci.

Même le pouvoir judiciaire n’échappe pas à la règle. Supposé être un pouvoir indépendant de l’exécutif, il a été trouvé le moyen de traduire Téliko au conseil de discipline du Conseil supérieur de la magistrature pour avoir, selon les termes de l’accusation, violé l’obligation de réserve. Ses collègues n’apprécient pas sa sortie sur l’affaire Khalifa Sall.. Une affaire Souleymane Téliko qui est toutefois loin de connaître son épilogue après que le conseil de discipline du Conseil supérieur de la magistrature l’ait sanctionné par blâme. En effet, les défenseurs (des avocats et des magistrats) du président de l’Union des magistrats sénégalais ( UMS) ont décidé d’attaquer la décision rendue par Cheikh Tidiane Coulibaly et ses collègues. Mieux, ils n’excluent pas de saisir la Cour de justice de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest ( CEDEAO).

Bijou Ngoné et la course au buzz

Quand est-ce que les Sénégalais sortiront de cette propension à décréter ce que les gens aiment ou n'aiment pas ? Une tendance qui ne doit nullement pousser les médias à tomber dans n’importe quels travers. Le rôle des médias est éminemment celui d’éveil et d’éducation  du citoyen. Même la tentation de l’audimat ne devrait pas pousser à certaines extrémités. En invitant Pawlish Mbaye alias "wahi doff" "parole de fous", « 10 000 problèmes » ou encore Ouzinkeita au comportement douteux, quel est le projet d'une telle émission ? Que cherche-t-on à promouvoir ? Quelles valeurs cherche-t-on à vendre ? Amuser la galerie. Il y a d’autres moyens plus sains et plus indiqués pour faire rire.

« Confrontation », cette émission animée par Bijou Ngoné, est loin d’être exemplaire de ce point de vue. La même animatrice nous a mis en scène Ndella Madior Diouf racontant sa vie sexuelle et le nombre de fois… allant jusque dans des confidences, ce qu’il y a de plus intime. Quel est l'intérêt pour le public ? De même avec Abou Thioubalo, elle s’était lancée dans une logique d'humilier l'invité en lui rappelant et insistant sans relâche sur ses nombreuses tentatives de retour au premier plan. Au point que celui-ci vexé avait fini par évoquer le nombre de mariages de Bijou Ngoné. Pousser les invités dans leurs derniers retranchements, tester leurs capacités de résister à l’humiliation. Quel funeste projet ! Bijou devrait revoir sa copie et surtout revisiter les techniques d’interviews car il lui arrive souvent de ne pas savoir comment relancer l’invité. Et lorsqu’elle rencontre de la résistance, ça vire forcément à la dérive.

Une simple logique guide nos gouvernants et leurs alliés. Anesthésier les Sénégalais, les empêcher de s’épanouir, d’exercer et de jouir de leur liberté. Les tirer vers le bas et les rendre tout simplement médiocres.