NETTALI.COM - «Un premier inquiétant », « les Lions butent sur les flames », « simplement lamentable », suivi des commentaires suivants - « les limites d’un coaching », « Koulibaly et Sadio complètement hors circuit » - , « les lions limités, timorés, amorphes, et sans crinière », « un jeu pauvre », « des Lions affligeants », « un Sadio Mané un peu démissionnaire », « insipides », et un « je ne suis pas inquiet » d’Aliou Cissé. Tels sont les qualificatifs qui rythment les titres d’après du match. Un tableau en tout cas bien sombre et unanime dressé par les quotidiens de la presse écrite, similaire aux nombreuses critiques des journalistes, commentateurs et consultants des chaînes de télé et radio.
Il nous disait avant le match Sénégal-Malawi ne pas être « borné » et « d’être à l’écoute des critiques ». Mais, son commentaire d’après match contre le Malawi, selon lequel, il ne s’inquiète pas, prouve que les Sénégalais ont bien du souci à se faire. « Je retiens la qualification. C’est vrai qu’on a eu quelques pépins au début de notre préparation. Mais, je pense qu’on voulait être premier et c’est ce qui a été fait. Je retiens la qualification », s’est réjoui le sélectionneur national des « Lions » en conférence de presse d’après match. Qui ajoute ceci : « la prochaine fois, on essaiera d’élever notre niveau de jeu. Je ne m’inquiète pas malgré les occasions manquées. Le ratio de but est insuffisant et nous en sommes conscients. Mais sur les trois matchs, je ne suis pas satisfait ».
Mais quelle indigence que ce niveau de jeu de l’équipe nationale et l’inefficacité devant les buts alors qu’on se dirige vers un second tour où tout ce qui compte, c’est de marquer des buts au risque de rentrer à la maison !
Beaucoup de commentateurs et de consultants sur les plateaux-télé avaient au fil des matchs, tenté de tempérer leurs jugements en prétextant un effectif incomplet pour des raisons liées aux cas de covid. Mais le match Sénégal-Malawi a fini de convaincre que le jeu des lions est tout simplement insipide, peu inspiré et sans âme, malgré un effectif au complet mais sans juste Ismaïla Sarr (blessé).
On s’attendait à la vérité à un autre visage des vice-champions d’Afrique. Mais que nenni ! Une situation qui n’a pas laissé indifférent la légende camerounaise qui s’exprimait sur « actucameroun.com ». Celui-ci a en effet fait savoir que les Lions doivent sortir leurs crocs, le grand jeu pour les prochaines étapes afin de mériter leur statut de leader en Afrique. L’ancien gardien des Lions indomptables, s’offusquait ainsi du fond de jeu des vice-champions d’Afrique, soulignant que le Sénégal doit faire oublier ses contre-performances. Le Sénégal ne peut pas continuer comme ça, ce n’est pas admissible. Il y a des cas de covid, il y a eu des absences d’accord, mais dans le jeu, on doit avoir autre chose que ça. L’équipe doit présenter un autre visage que des résultats comme cela« , a déclaré Bell.
Et il n’y a que Habib Bèye dans une vidéo qui circule sur le net et remis au goût du jour qui relativise et faisant savoir qu’il ne jugera le bilan d’Aliou Cissé à la fin, estimant qu’on peut toutefois analyser son jeu. Mais l’ancien international sénégalais n’a pas dit que cela puisqu’il a semblé lancer des piques à la génération 2002 dont il fait partie, déclarant au passage qu’elle n’a rien gagné. Allez savoir ce que vont en penser El Hadji Diouf et Kalidou Fadiga.
Un jeu indigent et un système flou
Mais quelle que soit la posture à adopter vis-à-vis de l’équipe et ce qu’on pense de la prestation des Lions, il reste que ces derniers ont encore une fois été décevants. Entre manque de percussion, de profondeur et d’efficacité, l’équipe nationale du Sénégal a eu toutes les peines du monde face au Malawi. Elle n’a eu par exemple eu qu’une seule occasion nette en première période, à la 6ème minute avec un Sadio Mané qui rate le cadre, suite à un centre millimétré de Bouna Sarr ; et une autre à la 48ème minute de la seconde période sur un premier tir cadré des partenaires de Saliou Ciss avec une tête de Habib Diallo passée tout près de l’ouverture du score. Mais quelle frayeur que ce pénalty à la 74ème minute ! Sans hésiter, l’arbitre camerounais siffla un pénalty pour le Malawi, suite à une « faute » de Bouna Sarr. Mais heureusement la var en avait décidé autrement.
Une nouvelle contre-performance des Lions qui s’explique en tout cas en grande partie par le classement du sélectionneur national. Et la question du choix d’aligner trois milieux récupérateurs ne peut ne pas être posée puisqu’il n’a pas du tout été pertinent. L’option tactique de l’équipe de Malawi aura été de sauter le milieu pour lancer les flèches, à la moindre récupération de balle. Résultat des courses, les milieux sénégalais ont erré durant tout le match, peinant à récupérer des balles, victimes qu’ils ont aussi été de leur profil défensif les empêchant d’être utiles à la créativité et à l’élaboration du jeu. Même la carte offensive tentée en seconde période, en lançant Bamba Dieng et Famara Diédhiou, n’aura pas été fructueuse. Cissé a persisté dans l’erreur avec l’entrée de Pape Guèye. Le même milieu à trois récupérateurs, alors qu’un milieu créatif tel que Pape Matar Sarr aurait mieux fait l’affaire !
De quoi s’interroger sur ce qui a bien pu se passer dans la tête d’Aliou Cissé ? Etait-il enfermé dans une obsession défensive qui le hante pour le défenseur laborieux qu’il a toujours été ? Ou s’était-il agi d’une volonté de concéder un nul en ne prenant aucun risque ? Ou a-t-on tout simplement eu affaire à un déficit de compétence ? A voir l’équipe jouer, difficile de voir du génie.
Commentant l’après match Sénégal-Malawi, le journaliste, chroniqueur et analyste sportif de Canal+, Nabil Djellit n’a pas été du tout tendre avec le niveau de jeu proposé par les Lions du Sénégal. « Aujourd’hui, les Sénégalais peuvent sourire, peuvent être heureux de sortir premiers de ce groupe car ils sont loin d’être bons sur leurs trois matchs. Je pense que cette équipe du Sénégal est surcotée, elle ne propose rien en termes de jeu, pas de créativité, rien ne se passe. Les matchs passent et se ressemblent ». Il ne s’est d’ailleurs pas arrêté en si bon chemin, il a tout au plus considéré que « le Sénégal est loin du niveau où on l’attendait. Espérons qu’elle s’aura me contredire mais pour l’instant je trouve que le niveau de jeu proposé est très en-deçà de sa place », a-t-il relevé.
De quoi réveiller la furie de certains chauvins qui pourraient être tentés de lui demander de garder ses réflexions pour l’Algérie, championne du titre, battue 3 à 1 par la Côte d'Ivoire et éliminée du coup. Sur le plateau de Canal + Nabil Djellit a d'ailleurs fait savoir que, quelle soit la technicité de l'Algérie, elle ne peut s'en sortir sans un engagement athlétique dans ce championnat africain. La preuve que la détermination et l'engagement sont des atouts essentiels dans le football. Les excellents joueurs sur le papier ne peuvent suffire.
Les lions n’auront en tout cas réussi qu’une seule prouesse dans cette Can, celle de s'être qualifiés en étant premiers de leur groupe face à d'autres équipes beaucoup plus enthousiastes dans le jeu et ayant marqué largement plus de buts. Marquer un seul but grâce à un penalty. C'est aussi cela le côté injuste de la compétition qui ne dépend parfois que d’une logique arithmétique bête et méchante et non sur une quelconque beauté du jeu et de l’efficacité
Les récents commentaires de Sadio Mané sur l'état du terrain, à la suite du match contre la Guinée, étaient tout simplement désespérants. Celui sur les matchs joués deux fois à 13 heures l'étaient encore plus. C'était comme si les sénégalais étaient les seuls à affronter les réalités de cette chaleur, humidité et l'état d’un terrain jugé pas bon. Autant son argumentaire sur l'état du stade Lat Dior, suite au groupe électrogène défaillant, était vrai, autant sur Bafoussam, il est passé à côté. Sadio Mané, voici un joueur censé être un leader technique, avec le devoir d’assumer son rôle et qui donne l’impression de chercher des prétextes. C’est pourquoi El Hadj Diouf, ancien international et membre du staff, lui a fait savoir qu’il ne doit pas chercher d’excuses avec les horaires, en raison de son statut de favori, précisant au passage que tout ceci, est « un faux débat »
Sadio Mané n’est pour l’heure que l'ombre de lui-même, en étant passé à côté de ses matchs. Le pénalty qu’il a pris la responsabilité de tirer face au Zimbabwe, ne lui donne pas plus de mérite.
Dans cette équipe, Bouna Sarr aura été la vraie satisfaction du match. Lui qui n'aura ménagé aucun effort pour faire des montées. Tout le contraire de Kalidou Couibaly qui, resté un
mois sans compétition, n’aura cessé de multiplier les errements qui ont failli coûter des buts. Il était méconnaissable. Il faut dire qu’il n’a pas encore retrouvé ses sensations. Le défenseur du Napoli a, en somme, été très approximatif dans ses placements et ses relances. « Il faut continuer à travailler. Il n’y a que comme ça qu’on y arrivera. Il y a eu un peu d’amélioration au niveau du jeu. Il faut qu’on soit plus agressifs, plus mordants. Parce que c’est comme ça qu’on arrivera à marquer des buts. Il faut continuer à y croire », a d’ailleurs lancé le capitaine des Lions, sans doute conscient que les Lions n’ont pas été bons. Nampalys Mendy, lui, n’a pas été d’une grande utilité dans l’entrejeu, épuisé qu’il a été par le défi physique imposé par les Flames.
Mais avec Aliou Cissé difficile de savoir où l'on va. Même ses commentaires sont si peu inspirés. Comment dès lors attendre des merveilles de son coaching ? C'est justement cet aspect qui est fortement remis en cause. Aucun commentateur, ni consultant pour l'approuver et s'accorder là-dessus. C'est tout simplement le désastre.
Qu'espérer de plus d'une équipe qui ne marque pas de buts alors qu'on s'oriente vers une étape où la clef de la réussite ne se résume qu’à marquer des buts. Surtout qu'il est connu par expérience que les lions ne sont pas des as du tir au but car ils pêcheraient au plan mental pour l'épreuve des nerfs ; mais aussi et surtout sur le plan de l’adresse.
A entendre Cissé expliquer qu'il n'est pas borné, il fait presque rire sous cape. Ce n'est point le reproche qu'on lui adresse. C'est plutôt celui d'être si peu inspiré au plan du coaching, de la tactique, de la communication et des remplacements qui interviennent en général vers les fins de matchs. Il est tout simplement nul pour avoir réussi à anesthésier ce mental de gagneur, cette rage de vaincre et la gloire d’être les rois de la forêt chez les Lions.
Quelle idée d’ailleurs bien saugrenue de se faire appeler « lions de la Téranga » ! Une appellation qui n’incite même pas au combat, mais à bien traiter ses adversaires. Non pas à être violent. Mais où a-t-on déjà vu un lion hospitalier ? Eh bien, même si cela reste de l’ordre du symbole, le lion a la particularité d’être un animal conquérant, dominateur, méchant et qui aime à manger de la chair. Il est vraiment grand temps de sortir de cette torpeur, cette fâcheuse tendance à la production d’un jeu amorphe, sans créativité, ni rythme et automatismes ; ou encore ces passes à reculons.
Personne ne pourra plus dire que les médias en veulent à Aliou Cissé, qu’ils s’acharnent sur sa personne. Il a quand même passé 7 années à la tête de l’équipe. Le temps de construire une équipe bien plus solide que celle que l’on voit.
Avant le match Sénégal-Malawi, Pape Fall ancien international sénégalais avait pourtant insisté sur l'importance d'avoir des leaders en équipe nationale. Un statut qui ne peut nullement s'improviser car on l'a noté, cette équipe-là manque de personnalités d'envergure. Sadio Mané, leader technique aurait pu endosser ce rôle, mais sa personnalité est bien trop policée. Personnage introverti à la limite de la timidité et même effacé, il n'a pas la carrure, puisque même sur le plan où il excelle, il ne nous permet pas pour l'instant de briller.
On est en effet bien loin de l’époque de la bande des El Hadji Diouf, Fadiga qui, malgré leurs problèmes de conduite, étaient bien plus vicieux, plus turbulents et provocateurs. Quand ils jouaient, l’adversaire en bavait. La liste des guerriers dans cette équipe est longue avec les Ferdinand Coly, Salif Diao, Pape Bouba Diop, etc Qu'est-ce que Diouf n'a pas fait subir aux français lors de cet historique match où Pape Bouba Diop avait marqué ce mémorable but qui était désormais inscrit dans les annales de l'histoire ? Une sorte de revanche sur le colon. Bref un gros point noir dans la mémoire des français.
On est tout aussi loin de cette équipe du Sénégal de Caire 86. Une équipe ô combien homogène et bourrée de talents, sans oublier ce milieu de terrain admirable de maîtrise, de combativité et si différent de cette alliance sans intérêt Gana Guèye-Cheikhou kouyaté-Nampalys Mendy. Il y avait dans cette équipe-là, des hommes de valeur tels que Thierno Youm, Oumar Guèye Sène, Jules Français Bocandé, Mamadou Teuw, Roger Mendy, Pape Fall, Racine Kane, etc De sacrés personnages ces gars-là. Elle avait battu l'Égypte chez elle, lors de ce match d’ouverture si âprement discuté.
Un vrai problème de casting
Au-delà de tout ce qui a pu être évoqué, se cacherait un vrai problème de casting. Aliou Cissé, a-t-il vraiment confectionné la meilleure liste? Certains parmi ces 28 joueurs, ont-ils réellement le niveau de l'équipe nationale du Sénégal ? Les détracteurs du coach qui réclamaient Moutarou Baldé au poste de latéral droit, semblent avoir raison sur lui, suite aux deux médiocres prestations livrées par Ibrahima Mbaye.
Avec ce milieu de terrain en souffrance et incapable d'assurer les transitions, un joueur expérimenté comme Pape Alioune Ndiaye (deux Can et un Mondial) aurait pu faire l'affaire. Mais il a été malheureusement zappé pour Mamadou Loum Ndiaye et Joseph Lopy, des joueurs qui ont montré qu'ils sont bien loin du niveau technique et tactique de PAN (deux Can et un Mondial).
Le pire est que le Sénégal s'est rendu au Cameroun avec un seul ailier de métier : Diao Baldé Keïta. Pas particulièrement utile d’ailleurs ! Pourquoi Cissé n'a pas jugé nécessaire de sélectionner le plus de joueurs de couloirs possible au lieu de sélectionner quatre avant-centres ? Habib Diallo, Mame Baba Thiam et Bamba Dieng n’ont pas brillé, testés sur le couloir droit. Une erreur flagrante de Cissé si l'on sait que Krépin Diatta et Ismaïla Sarr étaient déjà blessés avant la publication de la liste.
En attaque, le manque de joueurs de couloirs est sans doute le plus gros casse-tête du sélectionneur national. Les absences d'Ismaïla Sarr et de Krépin Diatta, tous blessés, ont rendu orphelins les Lions. Mais qu'a fait Aliou Cissé pour pallier ces absences de taille ? Rien d'intéressant. Sinon que de commettre une erreur qui risque de lui coûter la Can. Celle de sélectionner quatre avant-centres (Bamba Dieng, Habib Diallo, Famara Diédhiou et Boulaye Dia) et un seul ailier de métier en la personne de Diao Baldé Keïta (Sadio Mané ne jouant plus à ce poste depuis quelques temps).
D’ailleurs lors l'on se demande pourquoi il a fait d'Opa Nguette, un réserviste? Le jeune Ibrahima Dramé (international U20) ou encore Mamadou Lamine Guèye (FC Metz), ces vrais joueurs de couloir auraient certainement été plus rentables que Mame Baba Thiam, Habib Diallo et Bamba Dieng, ces renards de surface utilisés comme ailiers.
Il ne reste plus qu’à espérer que les Lions se rendent vraiment compte qu’ils n’ont pas jusqu’ici été pas du tout performants et se rebiffent, conscients qu’ils doivent être que l’entraineur a atteint ses limites objectives. Ayant terminé leader de la poule B de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), ils vont affronter l’équipe capverdienne ayant terminé parmi les meilleurs troisièmes grâce à la défaite concédée mercredi par la Guinée-Bissau face au Nigéria ((0-2), dans le groupe D, en 8ème de finale. A ce stade, il n’est plus question de se ressaisir ou de discourir, mais plutôt d’agir en marquant des buts. Le Sénégal a la meilleure défense, mais sans doute l’une des pires attaques en n’ayant marqué qu’un seul but sur pénalty et à la 94ème minute. Il s’agit dès lors surtout de gagner ou de rentrer à la maison. L’heure n’est plus ni à l’arithmétique, ni aux calculs. C’est vaincre ou périr.