NETTALI.COM – A suivre des Sénégalais et des médias réputés, épiloguer sur le sujet des audios ayant fuité de Cheikh Bara Ndiaye, il y a de quoi s’étonner de l’intérêt à se focaliser sur une telle affaire. Le tradipraticien avait en effet conclu qu’Ousmane Sonko a bel et bien eu des relations avec la jeune masseuse Adji Sarr, après que ce dernier a confirmé s’être rendu dans le salon de massage. Un jugement d’alors qui traduit une posture contradictoire avec ses positions actuelles qui font de lui un des ardents défenseurs du leader de Pastef qui n’hésite même plus à s’en prendre ouvertement à Macky Sall et à combattre la possibilité d’un 3ème mandat.
Une différence de postures dans le temps que des internautes, auditeurs et télespectateurs ne peuvent comprendre. Aussi, certains se sont-ils empressés de lui demander de clarifier ses propos. Réponse de Cheikh Bara Ndiaye, sa position a évolué à partir du moment où le PV de l’enquête a fuité et que le médecin a délivré un certificat médical qui semble infirmer un quelconque rapport dans les heures qui ont précédé. Deux camps s’affrontement ainsi dans ce vrai faux sujet : celui de ceux qui pensent que la position de Cheikh Bara Ndiaye a pu bel et bien évoluer au regard des arguments qu’il a invoqués (PV et certificat médical), estimant que les détracteurs du tradipraticien cherchent juste à mettre en mal le leader du Pastef et Ndiaye, alors que ce dernier passe son temps à le défendre ; le second camp lui pense que Cheikh Bara Ndiaye est démasqué, et que c’est sa vraie nature de défenseur de Sonko en public, mais détracteur en privé, qui se révèle au grand jour. Bref.
La question qui mérite dès lors d’être posée, est de savoir qu’est-ce qu’un tel débat apporte comme valeur ajoutée au dénouement de cette affaire ? Rien, sinon certainement celle d’interroger la crédibilité du personnage Bara Ndiaye à qui Walf TV donne la parole dans une émission hebdomadaire, animée par un humoriste. Comment faut-il dès lors considérer une émission dirigée par un humoriste en face d’un tradipraticien qui se livre à ce que certains qualifient d’ «analyse politique» ? Sarcastique ? Sérieuse ? Ou juste divertissante ? Un mélange terrible pour ne pas dire cocktail explosif !
Difficile en effet de savoir comment on passe de tradipraticien à « analyste politique ». C’est comme passer de commerçant de Sandaga à cardiologue ! Beaucoup de télespectateurs ou internautes lui attribuent ce statut sans pour autant savoir ce qu’il veut dire dans le métier de journaliste. L’on peut raisonnablement aussi se poser la question de la valeur qu’on accorde au statut d’analyste et qui est digne de l’être ? Cheikh Bara Ndiaye est sans aucun doute intelligent, structuré et a certainement un savoir-faire dans son métier de tradipraticien, mais les propos qu’il débite à longueur d’émissions ou d’interviews, peuvent-ils faire de lui un analyste politique ? Il semble que ce statut, à lui conféré, est usurpé, en plus d’être exagéré, car des journalistes longtemps en contact avec les faits, ne font pas forcément de bons analystes politiques, à plus forte raison un tradipraticien qui dispose d’une tribune où se mêlent ouï dire, spéculations, subjectivité, opinions, propos rapportés, stéréotypes, jugements de valeurs etc. Comme dans le cas de cet audio où il porte un jugement peu amène, en plus d’être maladroit sur Adama Barro. Ce dernier est quand même chef de l’Etat d’un pays ami et frère avec des rapports aussi proches que sensibles avec le Sénégal ! Un peu de retenue et de courtoisie ne feraient pas de mal !
De nos jours, il est courant d’assimiler chroniqueurs et analystes, une partie du grand public ne faisant pas forcément la différence entre l’analyse et la chronique, le commentaire de l’analyse. Elle se lance bien souvent dans des qualifications dont elle ignore le sens. Dans le cas des chroniqueurs par exemple, ils sont nombreux à officier sur les plateaux télés ou les émissions web. Le résultat est qu’on en voit souvent beaucoup concentrés sur leurs téléphones, soit en train de scruter des messages qu’ils reçoivent, des sms censés les guider et les orienter lors de leurs interventions ; ou faire des recherches sur Google pour tenter de s’en sortir ou de fournir des réponses savantes sur des sujets en cours sur les plateaux.
Lors du débat sur les investissements en rapport avec les inondations, Birima Ndiaye était par exemple retourné sur le plateau de « Jakarloo » après quelques temps d’absence, à grand renfort de chiffres. « Fou Malade » s’était même permis, ce jour-là, de le critiquer sur ses absences et sa présence opportuniste sur le plateau, en l’accusant d’être en mission commandée. Bouba Ndour s’était aussi interrogé sur les chiffres et leur provenance. La preuve qu’il existe des chroniqueurs que l’on briefe et prépare sur des sujets donnés, avec force d’informations sur des thèmes ou un dossier précis, parce que leurs connaissances sont approximatives. L’on profite juste de leurs célébrités pour défendre des positions et mener des cabales. Mais, dans le cas de Birima, rien que son engagement politique et sa subjectivité connus, le disqualifient fortement dans son rôle de chroniqueur. L’on justifiera évidemment sa présence par le simple fait qu’il a des contradicteurs. Ce qui ne suffit point.
Pour qui connaît bien le contexte de son arrivée à la TFM, Birima avait été une fois invité dans le cadre de ses activités syndicales. Sa prestation a permis de déceler en lui, le buzzer qu’il est et qui peut apporter de l’audience à l’émission. Mais le hic avec lui, c’est qu’il est non seulement un membre du Parti socialiste, mais encore un inconditionnel de Macky Sall.
Un profil qui s’assimile à Birima, Oumar Faye Leral askan wi qui se fait remarquer par ses grandes envolées lyriques, ses indignations et ses coups de gueule. L’on sent vite qu’il est dans un jeu de rôle avec ses cabales en toile de fond. Tout comme d’autres chroniqueurs sur le plateau.
Tout cela pour dire que les procédés sont connus. TFM a son Birima Ndiaye, Walf son Bara Ndiaye et Sen Tv son Oumar Faye…
Une manière d’inciter ceux qui connaissent moins bien l’univers des médias et leur fonctionnement, à se montrer prudents sur la qualité qu’ils attribuent à des pseudos chroniqueurs et analystes, voire le titre de « héros » aux journalistes qui méprisent l’éthique et la déontologie du métier en se comportant tantôt comme des opposants au pouvoir, tantôt comme complices du pouvoir, ou parfois même se voient dans la posture d’activistes.
N’est donc pas analyste qui veut. N’est pas chroniqueur non plus qui veut. Le journalisme est un métier exigent comme l’est la médecine ou celui de pilote. Sinon, nul besoin de formation et de capitalisation d’expériences dans ce domaine. Il se trouve juste qu’il est une profession qui paraît accessible à beaucoup de gens qui l’assimilent à du « wax sa xalaat » (opinion) et qui pensent n’importe quel personnage avec une opinion bien agencée, articulé et propos vraisemblables, produit de l’info. Oh que non. L’information, ce sont en réalité des faits recoupés et vérifiés, fondés sur le principe de l’équilibre et adossée à de l’éthique et de la déontologie. Le bon journaliste est en fin de compte celui qui apprend des choses au public, mais bien plus que cela, celui qui apprend des choses à ceux-là même qui sont censés être naturellement informés. Comme le chef de la police, des renseignements, etc.
Ne sont pas analystes et chroniqueurs qui veut...
Pour en effet être analyste dans la presse sénégalaise, il faut en réalité justifier d'au moins 10 ans d’expérience. L’analyse, tout comme la chronique, sont considérées comme des genres rédactionnels nobles qui ne sont pas à la portée de tous. Mais à la vérité, sous nos cieux, l’on confond ce qui est vraisemblable de ce qui est vrai; faits recoupés et juxtaposition d’informations ou de rumeurs glanées par ci, par là. Le dernier cas cité ne saurait suffire à faire le bon analyste. Non pas que l’analyse soit réservée à une caste d’intellectuels ou de gens super instruits, mais le contact avec les faits, la vraie connaissance de ceux-ci, justifiée par plusieurs années de pratiques sérieuses et rigoureuses, le contact dans la durée avec des sources crédibles, le fait d’avoir vécu plusieurs événements politiques, économiques, sociaux, culturels, sportifs, etc. font à la vérité, les bons analystes politiques, économiques, sociaux, culturels, sportifs, etc qui donnent de la compétence à pouvoir prédire ou expliquer des situations et dégager des perspectives.
Ce qui suppose une pratique journalistique digne de ce nom, de vérifications et de recoupements. Cela demande par exemple, dans un contexte de télé ou de radio, d’avoir aussi un discours structuré, fluide et surtout de l’éloquence. Mais de nos jours, beaucoup considèrent l’analyste et le chroniqueur, comme bon ou mauvais, en fonction de leurs sensibilités et subjectivités, pour peu que ce qu’il dit ou défend, leur convient ou rencontre leurs opinions ou idées politiques. Le dossier Adji Sarr est illustratif de cet état de fait avec une société sénégalaise totalement divisée.
Les réseaux sociaux participent en tout cas beaucoup à forger des images et des réputations surfaites et octroient des titres non mérités. L'attitude d'un chroniqueur tel que Pape Matar Diallo, encensé sur les réseaux sociaux, laisse songeuse. Ce dernier pourtant ne livre à longueur d’émissions, que ses opinions au demeurant discutables parce qu'elles ne sont au fond que sa vérité. Il s’est même permis de dire un jour à Souleymane Ndéné Ndiaye qu’il n’a jamais gagné un procès dans sa carrière. Ce qui est faux. Un jugement de valeur, teinté de mépris, d’un manque de respect et de courtoisie, doublé d’une hostilité vis-à-vis de ceux qui sont hostiles aux personnes proches ou affiliées au pouvoir !
Un commissaire de police, tel que Cheikhna Keîta, cet ancien policier, est structuré, expérimenté, avec un background très intéressant. Il aurait par exemple pu faire un bon chroniqueur s’il n’était pas aussi proche du pouvoir en place et subjectif dans ses prises de position. L’on a en effet senti chez lui, une certaine hostilité vis-à-vis d’Ousmane Sonko et l’échange vif qu’il a eu avec le journaliste Serigne Saliou Gèye, qu’il a au passage traité d’impoli, alors que celui-ci évoquait son passé lié avec une affaire de drogue dans la police et qui a conduit à son départ à la retraite, ne le grandit point. Des déboires dans la police qui entachent toutefois sa crédibilité pour en faire un candidat sérieux sur les plateaux.
On peut toutefois ne pas être d’accord avec Serigne Saliou Guèye qui a des positions moralisatrices et souvent excessives, alors qu’il doit être plus mesuré, moins sec dans ses réponses et chercher plutôt à opposer des faits en tant que journaliste, plutôt que de se lancer dans des règlements de comptes. De même l’on peut être tout à fait en accord avec lui quand il déclare à l’endroit de ceux qui parlent de procès dans l’affaire Sonko-Adji Sarr, alors que l’issue peut ne pas forcément être le procès.
Tout comme Clédor Sène, également chroniqueur, qui avait été condamné pour le crime de feu Me Babacar Sèye avant de bénéficier d’une grâce puis d’une loi d’amnistie. Il aime bien à s’épancher sur des sujets liés au pétrole et au gaz, et par glissement sur d’autres sujets politiques. Sur les deux premiers, en dehors de ces considérations précitées, il n’a jamais malheureusement de contradicteurs sur les plateaux, la plupart des journalistes à qui il fait face, sont jeunes, inexpérimentés et ignorants même du domaine par défaut de spécialisation ou d’avoir mené des études supérieures qui les auraient armés sur le plan technique, en plus d’aiguiser leur esprit critique. Il a d’ailleurs failli en venir aux mains avec un contradicteur sur Seneweb lorsque ce dernier a qualifié ses propos de contrevérités. C’est d’ailleurs le lieu de préciser que les émissions à caractère technique, nécessitent tout de même des contradicteurs avisés lorsqu’un des invités est le seul à connaître le sujet évoqué voire le domaine.
De bons journalistes chroniqueurs et de bons profils non journalistes foisonnent
De bons analystes existent dans la presse avec une longue expérience et une bonne connaissance des faits. Daouda Mine, qui a par exemple capitalisé plus de 20 ans de chroniques judiciaires, en plus d’être titulaire d’une maîtrise en droit, dispose d’un background solide qui lui permet de livrer des analyses pointues sur les questions de justice, tout étant compétent pour décortiquer des affaires politico-judiciaires, tellement il maîtrise ces sujets. Il est tout aussi capable de dégager des perspectives, d’évoquer la jurisprudence, la doctrine et de donner des prévisions quant à l’issue d’un procès, et surtout de discuter avec des professeurs de droit pénal, plus versés dans la matière théorique.
De même que Momar Diongue dont les analyses sont fort appréciées sur les plateaux-télé. Il est très au fait des faits politiques et est capable de donner des lectures avisées des situations. Mame Less Camara aussi. La liste est longue.
Ce qui n’est pas donné à tout le monde dans un univers où l’on préfère suivre des chroniqueurs qui n’ont de choses à dire que leurs opinions ou des bribes d’informations glanées par ci par là, ou encore qui sont de parfaits rapporteurs.
Les internautes et les télespectateurs sont aujourd’hui de grands adeptes de futilités, de buzz, de petites phrases assassines, de pugilats sur les plateaux alimentées par de « petits journalistes » du web ou de la télé, à la formation approximative, à la culture générale limitée avec une telle méconnaissance des faits, que certaines chaînes n’invitent que des buzzers pro ou des « bons clients », sortis de nulle part. Aïssatou Diop, journaliste aux propos souvent incontrôlés, a par exemple la fâcheuse habitude d’inviter de bons clients, tels que Gaston Mbengue, Ahmed Khalifa Niasse. Qu’apportent-ils ? Sinon de la petite polémique avec des déclarations choquantes !
Même des religieux sont maintenant rentrés dans la danse. Certains oublient la religion le temps de louanges adressés au président de la république, à son épouse Marième Faye et se réclament d’une amitié avec Aziz Ndiaye. Une sortie signée Oustaz Modou Fall qui se distingue particulièrement sur ce terrain. Comme il souligne, Aziz lui a permis d’effectuer son pèlerinage à la Mecque. L’on attend pourtant du prêcheur religieux qu’il soit irréprochable dans son rôle de vigie de la société. Le religieux parce qu’il utilise la parole de Dieu et se limite à citer les textes sacrés dans le but de rendre les gouvernants et les gouvernés, meilleurs. De plus, s’il est recruté par les médias pour répandre cette parole, c’est sa double responsabilité qui est de fait, engagée.
Certains de nos journalistes ne sont pas en reste. Ils sont tombés bien bas en effet. D’aucuns aiment bien à inviter des personnes sans envergure, alors que l’environnement pullule de personnages très aptes à assurer le rôle de chroniqueurs économiques, ou dans le domaine social, avec en plus un background solide : Khadim Bamba Diagne, Mounirou Ndiaye, le Pr Moustapha Kassé ; des philosophes tels que Souleymane Bachir Diagne, Mamoussé Diagne, etc
Sur les plateaux télés, le mélange des genres est à son comble. On mêle allègrement journalistes, animateurs, chroniqueurs sans background ni expertise, activistes, religieux, politiquement colorés ou pas etc sans que cela ne choque personne. Le résultat est un folklore sans nom.
Les questions sur les plateaux télé et ceux sur les sites internet, sont ramenées au niveau de faits-divers. Et l'on préfère désigner de telles émissions par le terme de « infotainment » sauf que le divertissement ne signifie point abrutissement, ni débat au ras de pâquerettes, en mêlant rumeurs, désinformation et recherche effrénée du sensationnel et du buzz. Le pire est que des journalistes se rabaissent au niveau d’animateurs et ne se gênent plus de faire de la publicité pour des produits, des couturiers, d’animer des soirées de gala ou de faire de la réclame pour des tissus bazin à la veille de la korité et de la tabaski ou encore de faire de la pub pour des banques ou des stylistes. A contrario, des animateurs s’autoproclament journalistes, mènent des interviews et animent des émissions politiques, sociétales, économiques.
C’est en tout de la responsabilité du Conseil national de Régulation de l’Audiovisuel (Cnra) qui s’en prend tantôt à Bougane, tantôt à Ahmed Aidara qui n’est certainement pas exempt de reproches, de faire le ménage dans les chaînes de télé, étant entendu qu’il est le gendarme de l’audiovisuel. Pourquoi ne s’offusquerait-il pas de la présence de certains chroniqueurs ou pseudo analystes ? Ou encore de tradipraticiens qui font de la publicité sur des créneaux horaires dédiées, alors que la loi l’interdit ? Ou encore contre des religieux qui font de la propagande politique ? Ou ces communicateurs traditionnels qui outrepassent les règles en versant dans des louanges et s’érigent en défenseur du chef de l’Etat ou d’autres individus ? L’exemple de Tall Ngol Ngol sur la 2 STV qui donne des leçons de morale à longueur d’émissions et qui souffre d’être contredit et qui en arrive souvent à traiter des intervenants qui ne partagent pas son opinion, d’impolis, est sans doute à recadrer.
Bref, le Cnra a un boulevard devant lui dont il devrait pouvoir s’occuper, plutôt que de faire de la régulation sélective.