NETTALI.COM - Il est tombé bien bas le niveau du débat politique ! Un débat inutilement violent sur certains plateaux télés et les réseaux sociaux, qui ne laisse pas de place au moindre échange de fond, cordial et serein. Une sorte de prolongement de l’ambiance délétère de la période de tensions et de crispations de 2021-2023. 

Les différents protagonistes sur le champ politique et médiatique ont en effet structuré le débat politique autour d’invectives, de dénonciations, de cabales et d’attaques personnelles au travers desquelles, l’on sent transparaître beaucoup de haine et de rancœur.

Il y a d’un côté des Pastefiens et soutiens du gouvernement, très allergiques à la critique qui développent un discours acerbe qui va dans le sens de faire savoir aux opposants qu’ils vont encore souffrir pour 5 ans, ou qu’ils cherchent de quoi critiquer, sans toutefois avoir les munitions pour.

De l’autre, côté, les piques lancées relèvent un « projet » qui n’existe pas encore, avec l’idée derrière que les Pastéfiens ne sont rien d’autre que des amateurs qui tâtonnent pour n’avoir jamais rien géré de leur vie.

Un débat à priori loin d’être productif, quel que soit par ailleurs le camp que l’on prend.

La vérité, c’est que ce pays a changé dans le mauvais sens du terme. La politique politicienne est partout et s’est emparée de la société civile, des milieux intellectuels et de la presse qui continuent de se battre pour des chapelles politiques, au lieu de garder leurs rôle d’arbitres.

Beaucoup ont d’ailleurs compris que l’activisme et le soutien au gouvernement, conduit inéluctablement à la récompense. Et ils s'y emploient avec ferveur. C’est pourquoi les contorsions et les propos dithyrambiques ne manquent sur les plateaux télés et les réseaux sociaux et portent parfois la marque de journalistes qui n’hésitent même plus à attaquer leurs collègues, dans le but de plaire au régime actuel ; voire celle d'acteurs de la société civile qui soutiennent subtilement le gouvernement actuel en se montrant complaisants et dithyrambiques dans leurs commentaires. D’ailleurs, les nominations qui ont eu lieu mercredi dernier et dans un passé récent, prouvent à suffisance ces récompenses.

Les acteurs politiques ont en réalité eux-mêmes changé. Les méthodes politiques aussi. Une situation qui se traduit par un affaissement du niveau du discours. De la bave en lieu et place de la parole calibrée et pensée. On ne s’écoute plus. On ne discute plus. Le lexique de la classe politique est devenu glauque. Le niveau de violence constaté est encore pire dans les réseaux sociaux et s’exerce sur fond de dénigrement, de mensonges et de manipulation, avec des médias, entreprises et des hommes politiques qui sont jetés en pâture.

Que Lat Diop par exemple, l’ancien DG de la Lonase sous le régime de Macky Sall ne soit pas aimé par certains Sénégalais à cause de supposés méfaits de gestion qu’on lui prête, cela peut se comprendre. Mais qu’il soit juste accusé par un ancien responsable du Guédiawaye football club au cours d’une conférence de presse, à qui il aurait confié, pendant les « périodes chaudes », une mallette remplie d’argent (un milliard de francs CFA selon le chiffre avancé), cela est bien léger. La question qu’ils devraient se poser, est de savoir, pourquoi, à supposer que l’info soit vraie, cet accusateur avait accepté de garder cet argent ; et la raison pour laquelle, il ne dénonce cela que maintenant. La logique voudrait en effet que le sieur Diop soit épinglé dans sa gestion passée par des corps, plutôt que sur la foi d’une accusation qui arrive bien tard.

C’est cette logique de cabale que l'on note dans ce cas ci qui peuple les réseaux sociaux et les médias, sur fond d’amplification d'infos pas forcément avérées par les revues de presse. L’objectif est clair : susciter l’indignation de l'opinion publique qui ne comprend parfois rien à ce qu’on lui donne à se mettre sous la dent. C’est ce qu’on appelle jeter des personnes en pâture dans le but d’entacher leur honorabilité, alors que les règles républicaines auraient voulu que de telles affaires soient constatées par les corps de contrôle avant d’être portées devant la justice par les autorités, à la condition qu’il y ait matière à poursuivre.

C’est en cela qu'il faut déplorer la sortie de Fadilou Keïta, directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations, relayée par quelques quotidiens pour l’essentiel sans envergure du mardi 23 juillet, et qui veuille que les dirigeants de l'ancien régime paient pour leurs mauvaises gestions et les détournements dont ils seraient les auteurs. Selon lui, les pontes de l’ancien régime ont distribué les deniers publics en bafouant sciemment les règles les plus élémentaires en matière de gestion. "Ces messieurs qui nous ont précédés ont sciemment distribué nos milliards avec une désinvolture inqualifiable. C'est ce même traitement qui devrait leur être réservé afin qu'ils servent d'exemple pour les générations à venir » avant de conclure : " Pas de pitié ni de compassion pour des lâches", a ainsi asséné le Directeur Général de la CDC.

Si seulement il était juge, on aurait pu comprendre ! Que lui demande-t-on au fond à ce cher Fadilou Keïta ? Qu’il administre juste et fasse prospérer cette banque de l’Etat. Il doit avoir fort à faire que de s’épancher sur la place publique. L'on peut aussi relever cette sortie de Pape Alé Niang qui demande de dire la vérité aux Sénégalais. Sans doute pour montrer l’ampleur du désastre de la gestion passée.

Après 100 jours de gouvernance, peut-on continuer à dénoncer et à faire fuiter des informations ? Avec tout ce brouhaha déjà créé dans le but de susciter l’indignation des Sénégalais et de les braquer davantage contre l’ancien régime, les réserves de dénonciations doivent être bien épuisées, alors que ce qui est attendu du nouveau régime, c'est de trouver des solutions à nos problèmes. Des commis de l’Etat compétents et occupés ont logiquement d’autres chats à fouetter que de tenter de faire le travail des corps de contrôle et de la justice.

C’est un éternel recommencement que ce procédé vieux comme le monde qui consiste pour chaque nouveau régime qui arrive, de pointer du doigt les errements et les supposés mauvais actes de gestion de son prédécesseur. Abdoul Aziz Tall en a fait les frais sous Wade alors qu’il était DG de la Lonase. Karim Wade et Tahibou Ndiaye, sous Macky Sall. Avec le régime de Macky, la reddition des comptes a été d’ailleurs vite stoppée.

L'on attend en tout cas beaucoup de la rupture tant chantée, alors qu'on est à peine à 100 jours, et le nouveau gouvernement est accusé de népotisme dans les nominations, de ne favoriser que les pastéfiens, sans oublier ces promesses non tenues qui lui sont collées sur le dos.

Qu’on ne s’y trompe, ce genre de procédés visant des dénonciations tous azimuts, ne cache rien d’autre pour les régimes qui arrivent au pouvoir, qu'une certaine incapacité à trouver la bonne voie ;  ou juste pour camoufler des insuffisances. Etre en dehors du pouvoir, accabler, dénoncer, sont des actes bien trop faciles, résoudre les problèmes des Sénégalais en étant au pouvoir, est bien plus compliqué.

Une presse attaquée et dénigrée

Comment ne pas d’ailleurs s’interroger sur ce message qui circule sur les réseaux sociaux avec l’image du DG Toussaint Manga, qualifié de « force tranquille » ? Un message qui liste les contrats annuels (et leurs montants) entre la Lonase et des tik-tokeurs, animateurs et supports médiatiques, pour nous apprendre qu’ils ont été rompus. Non sans des manifestations de joie dans les RS. Quand bien même l’on peut disserter sur le mérite ou non de certains à obtenir des conventions publicitaires avec l’institution financière, n’aurait-il pas fallu tout simplement attendre la fin des contrats et ne pas les reconduire ? Un tel acte peut, quoi que l’on en pense, être constitutif d’une rupture abusive de contrat, avec le risque pour la Lonase d’être poursuivie devant les tribunaux. L’on apprend aussi que le Port autonome de Dakar aurait rompu ses contrats.

Rappelons qu’il n y a guère longtemps, Ousmane Sonko avait réclamé les conventions presse et d’autres contrats d’autres genres. L’on préjugeait bien de ce qui allait se passer, ce d’autant plus que l’on a senti dans ses sorties, une certaine hostilité dirigée contre la presse.

La vérité, c’est que priver dans une logique de mouvement d’ensemble, sans distinction aucune, des entreprises de presse qui ont des salaires à payer, après les avoir accablées sur le paiement de l’impôt, cela ne revient-il pas à chercher à les asphyxier, surtout qu’elles ont été en plus dénigrées sur la place publique ? Une des conséquences, ne pourrait-elle pas être de les pousser à licencier au cas où elles ne parviendraient plus à payer les salaires et par ricochets les impôts ? Gérer un État requiert la prise en compte de beaucoup d’équilibres et de la réalité économique du pays et des entreprises.

Un président ne devrait pas parler comme cela

Difficile de savoir où tout cela va nous mener surtout si le président de la république et le Premier ministre contribuent à ce brouhaha L’on peut par exemple s’interroger sur la posture du président de la république par rapport au Premier ministre. Vouloir apporter la réplique à des opposants ou à des observateurs, nécessite-t-il de répondre, sur un ton aussi polémique, en demandant  au premier ministre de « regarder son fauteuil » au lieu de « le lorgner » ?

Le président  Diomaye Faye nous a aussi parlé de son amitié avec Ousmane Sonko et de son fils qui est allé passer la journée chez lui. Des propos bien incongrus dans une république où les institutions ne se préoccupent normalement pas idéalement d’histoires privées et d’affaires d’amitié et familles. Le minimum de respect pour les électeurs aurait été que le Président assumât son mandat jusqu’au bout et se gardât de se rabaisser devant le Premier ministre, quelles que soient par ailleurs les ambitions qu’il puisse nourrir pour ce dernier. Il lui est certes possible de déléguer d’un point de vue constitutionnel quelques-uns de ses pouvoirs, mais il ne pourra jamais en déléguer certaines.

Et ce n’est nullement un hasard s’il est élu et le Premier ministre nommé par lui-même. Si tant est qu’il souhaite qu’Ousmane Sonko devienne président à sa place, n’a-t-il pas le loisir de coupler les législatives et la présidentielle de manière à lui céder sa place à la suite d’une nouvelle élection ? N’est-ce pas plus simple que de nous servir ce discours qui fait juste de lui, un faire-valoir ? Comment va-t-il être considéré par ses autres pairs présidents ? Un président ne devrait pas tenir certains propos. Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si sur les réseaux sociaux, des internautes ironisent en le nommant « président auprès du 1er ministre » comme pour faire allusion à des nominations de Macky Sall avec le dernier gouvernement de son règne. Habib Thiam était bien l’ami de Diouf. Le sentait-on dans l’exercice du pouvoir ?

On aurait pourtant bien aimé voir le débat public se structurer autour du développement économique, social du pays et des perspectives d’avenir axées sur une vision du futur profitable aux générations futures. Jamais en effet l’on ne parle de souveraineté monétaire, d’environnement, de politique d’emploi, de formation, de recherche, de civisme, de développement du secteur primaire, secondaire, etc.

Si l’Assemblée nationale jouait son rôle avec toute l’orthodoxie que l’on attend d’elle, elle aurait certainement pu servir de tribune pour un débat fructueux sur les sujets économiques et sociaux, etc. Mais l’on voit bien qu’elle était récemment empêtrée dans une polémique sur son règlement intérieur, un problème qu’il a lui-même créé. Ousmane Sonko a certainement eu raison de ne pas se plier et les députés n’avaient nullement le droit de vouloir l’inciter à faire sa DPG, en étant eux-mêmes fautifs de cette incurie. Il est toutefois bien dommage d’entendre les commentaires du président Faye  selon lesquels Ousmane Sonko aurait pu faire sa déclaration de politique générale devant une autre assemblée, mais… Oublie-t-il sans doute que lui-même en tant que président jouit de la même légitimité que l’Assemblée nationale qui découle de l’élection ? Pour des politiques qui ont toujours dénoncé l’irrespect vis-à-vis des institutions sous Macky, ce commentaire est quand même étonnant. Quel sacrilège institutionnel cela aurait été !

Rehausser le niveau du débat : une responsabilité des médias 

Dans ce débat futile qui rythme la vie politique sénégalaise et l’univers des médias, sans oublier les réseaux sociaux, la responsabilité d’une certaine presse est en partie engagée par le simple fait d’un déficit notoire de qualité de certaines émissions. Le pire est que la conduite de certaines, est confiée à des journalistes très jeunes, peu cultivés et sans réelle expérience. Ce sont aussi ceux-là aussi qui orientent le débat sur ce terrain très terre à terre avec souvent des thèmes uniquement politiciens qui ne font que réveiller des adversités sans grand intérêt pour un débat censé être constructif.

Et d’ailleurs la qualité des personnes invitées influence négativement le débat. Comme celle de ces chroniqueurs qui n’ont ni la qualité, ni la compétence et encore moins l’honorabilité pour cela. L’exemple patent est Serigne Bara Ndiaye, passé de tradipraticien à analyste politique, alors qu’on sait pertinemment qu’il agit sous la dictée, en plus d’être subjectif et partisan. L’on a d’ailleurs récemment compris que beaucoup que l’on prenait pour des analystes et chroniqueurs neutres, n’étaient finalement que des soutiens plus ou moins cachés, voire subtils du Pastef. La preuve par les récentes nominations-récompenses du constitutionnaliste Ngouda Mboup, de l’énonomiste Khadim Bamba Diagne, des journalistes Mame Gor Ngom et Sambou Biagui et plus anciennes du Capitaine Touré, l'officier radié de la gendarmerie, etc

La nécessité d'un débat responsable et constructif 

La vérité est que l’opposition la plus représentative, en l’occurrence Benno et par ricochet l’Apr, doit sortir des bois pour participer de manière constructive au débat public qui en a besoin. N’oublions quand même pas que le candidat de Benno, Amadou Ba, a obtenu 35,79% lors de la présidentielle et jouit de la légitimité qui devrait la pousser à être le premier opposant. A-t-il des choses à craindre ? Cherche-t-il encore sa voie pour tracer sa propre route en dehors de l’APR ? Amadou Ba s’est en tout cas terré depuis la présidentielle et se singularise par des sorties bien timides, à travers des communiqués et posts, juste pour montrer qu’il est toujours vivant. C’est pour l’heure une opposition par procuration que l’on note avec comme chef de file, Latif Coulibaly, Mamoudou Ibra Kane et Cheikh Oumar Hanne et Aliou Sall qui assurent le service ; voire Abdou Mbow et Seydou Guèye, côté APR.

Le débat politique ne devrait en aucun cas être circonscrit et mené par les seuls Bougane Guèye Dany, Thierno Bocoum et Aminata Touré qui ne sont pas les opposants les plus représentatifs de l’échiquier politique. Le premier n’a même pas pu passer le cap des parrainages, là où le second n’était même pas candidat. Aminata Touré tout aussi loin d’être représentative en n’ayant ni base politique, ni le nombre de parrains, continue de s’acharner sur Macky Sall. Et ce qui la rend si peu crédible, c’est le fait qu’elle soit si aveuglée par cette haine et cette volonté de vengeance contre Macky Sall qui l’a empêchée d’atterrir au perchoir de l’assemblée, qu'elle n'a que ce sujet sur les lèvres. Une vraie girouette politique d'ailleurs que cette Aminata Touré ! Celle-là qui disait tantôt dans l’affaire Sweet beauté que Benno n’est pas responsable du carnet de rendez-vous de ce salon de beauté. Elle a bizarrement retourné sa veste en faveur de Ousmane Sonko.

Autant la presse est responsable pour relever le niveau du débat, autant nos dirigeants doivent se rendre à l’évidence qu’ils ont le devoir de ne plus se comporter comme des opposants. Mais plutôt de s’évertuer à prendre de la hauteur et à apparaître comme les président et premier ministre de tous les Sénégalais. Le discours clivant et partisan ne fera que davantage diviser le pays et entacher leur œuvre.

L’on préfère cette version du président Diomaye Faye, pondéré et structuré qui pose de vrais sujets comme celle des bases militaires françaises au Sénégal : "Je ne veux pas qu’on se focalise sur un pays, que ça soit la France, la Russie, la Chine ou un autre pays. Ce à quoi nous travaillons aujourd’hui avec les hauts officiers militaires, c’est d’avoir deux choses : une loi sur la défense et la sécurité nationale, compte tenu de l’évolution du contexte."

Le défi du Sénégal, disait Diomaye, c’est "de définir une doctrine par rapport à la coopération militaire de façon générale" en vue de faire face aux défis. "Maintenant, tout le monde sait que nous sommes des souverainistes. Et dans cette quête de ces souverainetés, qu’elle soit économique, alimentaire, pharmaceutique, numérique, militaire et tout ce qu’on veut, dans cette conquête, on ne ménagera aucun effort", avait-il insisté, non sans reconnaitre que la question avait déjà été évoquée lors de sa précédente visite.

Ce qui veut dire que nous n'avons point besoin de continuer à entretenir la culture de la haine. Le Sénégal a plutôt besoin de sérénité. Pas de ces arrestations d'activistes ou de politiciens incendaires, indignes d'intérêt qui rappellent l'époque de la confrontation Sonko-Macky Sall marqué par des violences verbales sans précédent. Ou encore qu'on en soit à traquer une certaine Anita Diop, pendant qu'on pense à faire une loi pour protéger les lanceurs d'alerte.

Bref, le bruit ne fait pas de bien. De même que le coup de fouet à donner à l'économie, ne peut se produire qu'avec l'arme de l'imposition et des audits tous azimuts. Tous les citoyens doivent être égaux devant l'impôt et devant la justice.